Chacune de mes tentatives pour bouger s'accompagnent de douleurs meurtrières, mes articulations et ma peau craquent comme des branches d'arbres sèches. Du sable semble avoir prit la place de mon cartilage à chaque jointure d'os. J'imagine que je dois être bleue, un schtroumf glacé. Cette image me fait rire nerveusement, provoquant une secousse de mon être des plus douloureuses. Ma tête bourdonne, mon cerveau est compressé dans ma boite crânienne, la pression n'a cessé d'augmenter pendant mon inconscience du faite que mes cheveux aient gelé, formant une coque autour de mon crane. Mes vaisseaux se sont rétrécis avec le froid et ma chaleur corporelle a aussitôt diminué, je suis tombée en hypothermie qui a du être encore plus rapide avec mon taux d'alcoolémie et les extrémités de mon corps sont entrain de gelées. Je m'en veux de réfléchir comme si j'étais en cours, comme si j'étais confrontée à un cas clinique, comme si j'étais dans l'amphithéâtre de ma fac de médecine et non allongée a même le sol entrain de mourir de froid. Je me maudis de ne pas chercher à comprendre ce que je fiche ici, à savoir ce qu'il a bien pu se passer hier soir, ce qu'il a pu m'arriver pour que je sois dans un tel état. Je ne me souviens de rien mais j'imagine aisément la responsable. Son visage est gravé dans ma mémoire pour une éternité, non depuis une éternité plutôt.
Je perçois une agitation autour de moi, des lumières qui clignotent. Je reconnais la couleur rouge et bleu des secours. J'entends quelqu'un demander depuis combien de temps je suis la, impatiente j'attends la réponse que moi-même je me pose, mais elle ne vient pas. Une seconde question, cette fois on demande mon nom, mon âge, si quelqu'un me connait. J'ai envie de lui crier que je m'appelle Elina et que j'ai 20 ans pour qu'enfin il m'enlève de cette marre de glace qui me consume, mais j'en suis incapable, j'ai trop mal. Je reconnais la voix de ma tante, elle me parait lointaine et frêle. Elle est inquiète je le sens à ses intonations, elle court aussi, sa respiration est accélérée. C'est fou comme on perçoit tellement plus de chose quand on est au bord du gouffre, je me demande quand je vais voir ma vie défiler devant mes yeux, j'espère jamais, ce serait trop dur à supporter, ma vie était bien trop compliquée. Un pompier l'a stoppé dans son élan, elle crie qu'elle veut être auprès de moi, lui, lui parle de fractures ouvertes et de multiples contusions, la rassure, on s'occupe de moi. Comment peut-il croire qu'il la rassure alors que je gis sur le sol ? Personne n'est dupe, pas même moi, je suis entrain de mourir.
Je ne me suis même pas rendu compte que d'autres pompiers étaient à mes cotés et m'examinaient sans me toucher. Je déteste ça, être impuissante entre les mains d'inconnus, je suis révoltée ils ne se sont même pas présentés, j'ai envie de les engueuler. Derechef, je suis prise d'un rire nerveux, même dans les cas critique, je n'arrive pas à me contrôler, je me sens encore plus stupide et puérile.
« Elina ... Elina ... est ce que tu m'entends ? »
Bien sur que je t'entends pauvre idiot, je ne suis pas inconsciente, je ne peux tout simplement pas parler, n'as-tu pas remarqué que ma bouche était gelée ? Je regrette aussitôt cette pensée, le type ne fait que son boulot, mais je n'ai pas envie qu'il me croit en état comateux et qu'il l'inscrive sur son dossier. Alors consciente de la bêtise de mon acte, je me force à écarter les lèvres. J'ai l'impression de forcer une porte blindée tellement la résistance est grande. Mes lèvres sont maintenant à vif, je sens la fraicheur de l'air s'engouffrer dans ma bouche pâteuse et gagner mes poumons, j'ai l'impression d'être atteinte d'une pneumonie tellement cela est douloureux. J'ai aussi un gout de fer au fond la gorge à cause du sang que je viens de faire couler, c'est chaud et doux.
« Non, non, ne parlez pas mademoiselle, nous allons vous déplacer. » se précipite le même agent, son intonation se veut rassurante mais pourtant il n'arrive pas à cacher son angoisse. Il est tout jeune à en juger par sa voix, peut être du même âge que moi, il n'a surement jamais vu de chose aussi déroutante que mon corps meurtrit. Je compatis pour lui.
Ils posent leur mains sur moi, vérifient mon dos, me retournent doucement. J'ai envie de crier tellement le mouvement me fait mal, mais je n'arrive qu'à geindre, un gémissement de chiot qui se serait cassé une patte.
Je suis enveloppée dans une couverture chauffante, comme un bébé malade à la naissance. Ils ne veulent pas me donner à boire et ne peuvent me perfuser la. Mon état doit être franchement critique pour qu'ils agissent ainsi. Ils m'arrachent un nouveau gémissement en soulevant le brancard bien qu'ils soient extrêmement prudents. Mon corps n'est qu'un amas de souffrances.
Toute cette souffrance m'a refait pleurer et le sel de mes larmes fait fondre la barrière de glace devant mes yeux. Avec difficulté, je tente de les ouvrir, il me faut plusieurs tentatives pour avoir un semblant de réussite. Les yeux entre-ouvert, je distingue un amas de forme humaine que je maudis aussitôt, je déteste la curiosité de l'espèce humaine. Ces gens sont tous entrain de faire de petites réflexions bien qu'ils ne me connaissent pas, certains râlent sur la jeunesse débauchée, d'autre me plaignent, pauvre petite disent-ils. Je les hais. Je préfère détourner la tête au risque d'avoir mal, la douleur est plus supportable que cette hypocrisie.
Et c'est à ce moment précis qu'il apparait devant moi. Il est à quelques mètres adossé contre le mur de l'accueil, immobile, statural et pourtant je le distingue très clairement, je sens sa présence, ça me réconforte. Il est toujours aussi parfait, sa beauté mystique me chavire le c½ur encore une fois. Il ne s'approche pas, je n'en attendais pas moins de lui, dans cette vie il me protège de loin, ne vient pas à moi, jamais, il se l'est promit. Il me regarde de ses yeux sans fond, avec la même intensité que d'ordinaire. Je distingue sa dureté et sa distance familières, celles qui m'ont fait si peur la première fois, celle qui m'ont fait le haïr quelques secondes, avant de l'aimer éternellement. Mais je vois autre chose, une étincelle d'angoisse, si j'osais je dirais que pour la première fois depuis notre rencontre, il montre la peur qu'il a pour moi, la détresse qu'il ressent.
A l'agonie je me sens vivre, trop tard bien sur, mais mon existence me semble moins dérisoire. J'ai envie de hurler son nom, Mathieu, mais aucun son audible ne peut sortir de ma bouche, ma gorge est fermée, mes cordes vocales ont été verrouillé par le froid. Un gémissement semblable à une plainte s'échappe à la place, les secours me regardent apeurés, ils accélèrent leur pas et m'installent dans l'hélicoptère rapidement. Ils pensent que mon état empire alors que je vais mieux en tout cas mon c½ur va mieux. Ma tante monte avec moi, elle ne leur a pas résisté, un trait de caractère que nous avons en commun. Si j'arrive à lui parler avant de mourir, il faudrait que je lui dise d'arrêter, l'entêtement peut être mortel, j'en suis la preuve vivante, enfin encore pour quelques heures du moins. Elle m'attrape doucement la main, la caresse de ses mains délicates, elle me murmure des paroles qui doivent être réconfortantes mais je ne les entends pas, mon regard s'est vrillé à celui de Mathieu. Je n'entends même pas l'hélico décoller, je me concentre sur lui, je veux le voir aussi longtemps que possible. Mais je sens mes forces me quitter, ses traits s'estompent avec la distance qui grandit entre nous mais aussi parce que ma vision se brouille pour s'éteindre définitivement. Je n'entends plus rien, ne sens plus rien, la mort me prend lentement. Le peu de vie qu'il me reste je le consacre à penser à lui et à nos vies, celles où nous étions réunis.
Tout avait pourtant si bien commencé.
Bisous xoxo
Marshmallow-webmiss


